Cette année 2006 est marquée par la commémoration des 175 ans du
Collège et le 35ème anniversaire de l’installation du
Collège sur le plateau d’Erpent. De plus, cette année reste
fraîchement émaillée depuis quelques mois par de nombreux
anniversaires ignaciens.
La séance académique, qui a précédé le traditionnel souper
d’automne de ce 18/11/2006, en présence du R.P. SCHEUER, Recteur
des Facultés Notre-Dame de la Paix, du Père Daniel SONVEAUX,
Responsable de la Compagnie de Jésus de la Province belge
méridionale (voir photo. De droite à gauche : Ph.
Laoureux-Président du P.O., R.P. M. Scheuer-Recteur des FUNDP,
R.P. D. Sonveaux- Responsable de la Compagnie de Jésus de la
Province belge méridionale, St. de Brabant – Directeur de
l’enseignement secondaire) avait pour objectif de rappeler d’où
vient le Collège Notre-Dame de la paix et qui il est
aujourd’hui.
Dans la salle audiovisuelle de l’établissement, la séance a
été ouverte par Mr Philippe FABRY, Directeur de l’Ecole Primaire
qui au travers d’un discours naturel et parlant pour tous, et
parents et éducateurs d’aujourd’hui, a souligné l’importance,
par respect pour nos pairs et également par devoir de mémoire,
de célébrer les anniversaires, de marquer les événements de la
vie par un temps pour le souvenir, par un moment pour la fête.
L’esprit d’entreprendre au travers d’un montage audiovisuel
réalisé par Mr Karl SOUDANT, éducateur, a documenté de façon
contemporaine cette valeur sûre qui doit continuer à faire
avancer les générations qui suivent au-delà de nouvelles
frontières.
L’historique du Collège a été relatée en discours et montrée
en images au travers d’une exposition, par Mr Daniel MARCHANT,
professeur d’histoire et de sciences sociales.
L’esprit ignacien présent au collège continue à être insufflé
notamment par le R.P. Michel GILSON. Celui-ci, au travers de son
intervention oratoire, reste inlassablement enthousiaste après
tant d’années au service des élèves : une véritable leçon de
vie.
L’identité d’un établissement jésuite aujourd’hui est,
d’après Mr St. de BRABANT, Directeur de l’enseignement
secondaire, la concordance de 3 éléments :
üLe souci
constant d’offrir aux étudiants le bagage nécessaire et
indispensable à une intégration optimale dans la société,
üL’enseignement bien-sûr, celui qui propose une formation
intellectuelle rigoureuse et exigeante mais avec « le plus
indissociable », celui sans lequel l’enseignement est stérile,
c’est l’éducation; celle qui englobe enseignement et
épanouissement de la personnalité de l’étudiant,
üLe
dernier élément est la volonté de forger de solides repères et
de véhiculer un esprit d’ouverture aux autres.
La célébration eucharistique, l’apéritif et ensuite un repas
réunissant au total presque 500 personnes ont suivi la séance
académique. Quand le passé est riche et l’avenir prometteur, la
convivialité en toute simplicité doit se forger une place
majeure dans une société où un des principaux réacteurs est
l’économie.
La
semaine dernière, nous avons fêté l’anniversaire de notre fille.
Elle s’appelle Eugénie et a désormais 5 ans. Toute la famille était
là, un bon repas, quelques photos à faire ou à revoir, le temps de
dire « déjà 5 ans », de se rappeler les péripéties de
l’accouchement, les grands moments déjà nombreux de sa si jeune
existence.
On
a beau essayer, on ne peut pas imaginer aujourd’hui, la vie sans
Eugénie, « la bien née ». C’est qu’elle en prend de la place. Elle
fait partie des meubles comme depuis toujours. Un meuble bruyant, il
faut bien l’avouer. Alors, nous, les parents on essaie tant bien que
mal de l’éduquer, de lui donner des repères comme on dit, de lui
apprendre ce qu’est la vie, comme l’ont fait nos parents avant nous.
Eugénie, c’est comme une institution. Lors des visites en famille,
chacun demande où est Eugénie, on veut la voir, l’embrasser, la
respirer. Alors on est satisfait et on la laisse aller jouer plus
loin …
Cette semaine, nous fêtons l’anniversaire de notre école. Elle
s’appelle le collège Notre-Dame de la Paix et a désormais 175 ans.
Toute la famille est là, un bon repas, quelques photos à faire ou à
revoir, le temps de dire « déjà 175 ans, c’est pas l’âge de la
Belgique ça ? », le temps de se rappeler les péripéties de sa
création, les si nombreux grands moments qui ont émaillé son
histoire.
Arrêtons-nous un instant pour nous poser de bonnes questions qui
valent la peine.
Qui
sont ceux qui ont créé le Collège ? ( Pour Eugénie, je peux répondre
…)
Pourquoi a-t-on un jour voulu cela ? (je peux répondre aussi pour
Eugénie)
Et,
ça s’est passé comment ? (Pour Eugénie, je ne ferai pas de
commentaires)
De
belles questions existentielles pour notre collège, qui, pour moi,
n’ont pas de gout de nostalgie. Non, il s’agit d’autres choses. En
plus de la simple curiosité, il y a un besoin de comprendre que la
richesse du présent n’existe que par la capitalisation des
expériences du passé. Nous ne pouvons donc faire l’épargne
aujourd’hui de jeter un rapide coup d’œil en arrière : il n’existe
pas, en effet, de chêne remarquable qui ne plonge ses racines
nombreuses et profondes dans une terre fertile.
Je
ne me risquerai pas à répondre à ces questions. Je n’ai que 5 ans …
au Collège.
Monsieur Marchand, professeur d’histoire au Collège s’y collera tout
à l’heure, avec plaisir et qualités.
On
a beau essayer, on ne peut pas penser aujourd’hui les écoles de
Namur sans penser au Collège Notre-Dame de la Paix d’Erpent. C’est
qu’il en prend de la place. Il fait partie des meubles comme depuis
toujours. Un meuble bruyant, il faut bien l’avouer ; vous pensez :
plus de 1700 élèves. Alors, nous les enseignants, les éducateurs,
tout le personnel, nous qui sommes les dépositaires de l’héritage du
passé, on essaie tant bien que mal de les éduquer, de leur donner
des repères comme on dit, de leur apprendre ce qu’est la vie, comme
l’ont fait nos prédécesseurs. Le Collège, c’est une institution.
Chaque fois que l’on demande « quelles sont les bonnes écoles à
Namur ? », on répond ostensiblement : « le Collège d’Erpent ». Et on
vient le voir ce Collège, pour s’y inscrire … peut-être.
Alors il me vient encore une série de questions ?
D’où vient cette longévité ? Qu’y a-t-il de si attrayant ici au
Collège pour bénéficier de cette réputation parfois à l’excès,
parfois tronquée, parfois méritée? Qu’est-ce qui fait ces réussites
.. et ces échecs ? Quels sont ces principes éducatifs et
pédagogiques qui ont permis à tous de trouver leur épanouissement ?
Des principes fondateurs de 175 ans qui n’ont pas pris une ride car
les acteurs ont bien pris la peine de les conjuguer toujours à un
seul temps : le présent mais aussi à tous les modes. Qu’est-ce qui
donne au Collège toute sa valeur ?
Cette valeur, ces valeurs, le révérend père Gilson vous en
parlera bien mieux que moi car, je n’ai que … 5 ans … au Collège.
Avant de vous laisser, n’oublions pas les grandes traditions d’un
anniversaire. Monsieur de Brabant clôturera nos interventions et
nous invitera tous à lever notre verre au passé riche de notre
Collège et surtout à son avenir.
Très concrètement, deux boissons vous seront offertes. Vous ne
manquerez pas de profiter ainsi de la production d’un délicieux jus
de pommes fraichement pressé par les étudiants de 5e et 6e
technique de qualification « techniciens ou -techniciennes des
industries agro-alimentaires ». Cette option du Collège emmenée pour
l’occasion par Messieurs Jean Bossiroy et Jacques Harmel n’attend en
effet que les encouragements et la reconnaissance qu’elle mérite.
Créée en 1983 sous la direction de Monsieur Guy Carpiaux … elle
essaya de se créer sa place au milieu des options plus
traditionnelles que sont le latin, les maths, les sciences et j’en
passe.
Avec ce breuvage qui ne fait appel à aucune modération, nous
pourrons lever notre verre pour le Collège.
Et
comme le dit ma petite Eugénie :
« Bibibirthday to you Collège »
Merci pour votre présence.
Philippe FABRY
Erpent - 18 Novembre 2006 - 175è anniversaire du collège.
M. Philippe Fabry, Directeur de l'Ecole
Fondamentale
L’historien, il y en a plusieurs dans la Direction actuelle
de notre école, est mal à l’aise quand on évoque le 175e
anniversaire du Collège Notre-Dame de la Paix de Namur.
En réalité, cela fait près de quatre siècles que la Compagnie
de Jésus a commencé à enseigner à Namur. Les premiers cours ont
débuté à Namur le 8 octobre 1610 avec 350 élèves.
Le 175e est donc la commémoration de la
renaissance du Collège.
Les péripéties qui entourent la première fondation sont bien
connues grâce aux travaux de Ferdinand Courtoy et d’autres
historiens comme Le Père Jacques Hanno ou Madame Jacquet-Ladrier.
Sait-on, par exemple, que dès 1564, quelques familles de Namur,
encouragées par l’évêque lui-même, avaient envoyé leurs enfants dans
une institution jésuite de Dinant qui avait été fondée un an plus
tôt et dont l’existence fut éphémère ? Sait-on, autre exemple de
connivence entre l’évêque de l’époque et la Compagnie, que quelques
années plus tard, en 1572, l’évêque de Namur avait demandé aux
jésuites de Dinant de venir enseigner au séminaire qu’il venait
d’ouvrir ?
Enfin, dernière anecdote plus célèbre celle-là, concernant la
fondation.
En 1610, les augustins, protégés par l’archiduc Albert et le
nonce Bentivoglio, manifestèrent l’intention de créer un collège à
Namur.
L’autorité communale de l’époque, le Magistrat, était
partagée : elle connaissait bien les jésuites et les appréciait mais
elle craignait de mécontenter le pouvoir. De part et d’autre,
jouèrent les influences, s’exercèrent les pressions. Devant la
difficulté du choix, le Magistrat fit appel aux principaux
« citoyens » et leur demanda un vote nominal ; influencés par les
franciscains, défenseurs acharnés des jésuites, d’autant plus qu’ils
ne tenaient pas à voir un autre ordre mendiant s’installer en ville,
tous les principaux « citoyens » se prononcèrent pour la Compagnie.
Mais laissons là les péripéties de la fondation.
Le collège attire dès 1615 500 élèves, les jésuites vont de
l’avant et réalisent imperturbablement leur programme de
constructions. La première pierre de l’église Saint-Ignace est posée
en 1621, le sanctuaire achevé en 1645.
Pour édifier collège, résidence et église, il faut faire
disparaître pas moins de 26 maisons, toutes occupées, et quatre
jardins ! Non sans peine ! les Pères en achetèrent la plupart au
cours des années 1618-1620.
L’arrivée des jésuites à Namur à la fin du XVIe siècle est
marquante à plus d’un titre : elle inaugure une époque d’accueil
pour les ordres religieux (en trois quarts de siècle vont venir
s’établir à Namur les capucins, les bénédictines, les carmes, les
annonciades, les célestines, les dominicains, les ursulines et les
carmélites déchaussés), elle bouleverse un quartier : le
quadrilatère qui constitue aujourd’hui l’athénée royal a été vite
constitué ; elle dresse la première église monumentale et elle
modifie des habitudes quotidiennes. Plus fondamentalement, elle
change sans doute des formes de piété et, certainement, des
mécanismes intellectuels. Elle crée de nouvelles références
culturelles.
Au XVIIe siècle, le Collège compte en moyenne 400 à 500
élèves. Il est bien établi. C’est l’époque où « il était strictement
interdit aux élèves d’entrer en classe avec leurs épées. »
Mais le troisième tiers du XVIIe siècle marque un déclin de
la situation économique de la ville qui entraîne un changement dans
l’attitude du Magistrat envers les religieux en général et les
jésuites en particulier.
Au XVIIIe siècle, le nombre d’élèves a chuté : 373 élèves en
1715, 246 en 1739. Dans un remarquable ouvrage sur « La vie
intellectuelle à Namur sous le régime autrichien », sœur Th. Pisvin
nous apprend qu’en 1758-1759, le collège comptait de 300 à 350
élèves. Le corps professoral était relativement jeune : les
titulaires des trois classes inférieures étaient âgés de 23 et 24
ans, le professeur de Poésie avait 28 ans et celui de Rhétorique, 36
. Comparée à notre temps, la discipline était rude : les punitions
corporelles étaient utilisées et les renvois étaient fréquents.
Autre anecdote : l’élève qui était sorti premier durant
chacune de ses années d’études était fêté publiquement par
l’autorité communale, le Magistrat ; il était conduit en triomphe à
l’hôtel de ville entre le préfet et le professeur de Rhétorique.
Mais la grande histoire rejoint celle du Collège. En 1773, le
gouvernement de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche entérine la
suppression de la Compagnie de Jésus, décidée par Clément XIV à
l’instigation des Bourbons. Les Pères jésuites doivent partir.
L’Etat reprend le Collège sous la dénomination de Collège
royal des Humanités et en 1777, l’église Saint-Ignace devient
l’église Saint-Loup.
Très vite, la nouvelle école périclite. Il faudra attendre
1817 pour que l’Athénée de Namur y ouvre ses portes.
Entretemps, le Pape Pie VII a rétabli la Compagnie mais la
liberté d’enseignement n’existe pas dans le Royaume des Pays-Bas et
la Compagnie n’a pas la faveur des Hollandais. Quatre Pères
jésuites, arrivés clandestinement à Namur en 1827, sont recherchés
par la police hollandaise et resteront cachés en ville jusqu’à la
naissance de la Belgique.
La liberté d’enseignement est inscrite dans la Constitution
de la Belgique indépendante et le 1er mai 1831, les Pères
Méganck et Waldack réinstallent à Namur, dans les anciens bâtiments
de l’abbaye bénédictine de la Paix Notre-Dame l’ancien Collège qui
s’appellera désormais « Collège Notre-Dame de la paix. »
Dès 1831, les classes d’enseignement primaire et moyen seront
complétées par quelques cours d’enseignement supérieur : philosophie
et sciences…Ce sont les débuts des facultés universitaires
Notre-Dame de la Paix.
Au premier jour sont inscrits huit élèves ; ils seront 69
pour la rentrée de septembre 1831, 108 en 1832, 220 en 1837.
Jusqu’en 1838, le Collège ne recevra que des internes mais,
finalement, cédant aux instances de l’évêque de Namur, Monseigneur
de Hesselles, les Pères accueilleront aussi des élèves externes.
Cela va davantage donner aux jeunes Namurois la possibilité
de se rendre dans notre école.
Très tôt, on a des classes d’enseignement primaire préparant
à l’enseignement moyen, la 10e, la 9e, la 8e,
la 7e, mais il faudra attendre l’après seconde Guerre
Mondiale, 1950 plus précisément, pour que la section primaire
obtienne une autonomie complète avec son premier directeur, M.
Lelivre.
En 1843, le Roi Léopold Ier, accompagné de la Reine
Louise-Marie et du nonce Mgr Pecci, le futur Léon XIII, vient
visiter le nouvel établissement et dit publiquement combien il
apprécie l’éducation qui y est donnée.
En fait, la vie est très studieuse au Collège et les
règlements fort sévères. La lecture d’un règlement de 1867 nous
convainc vite qu’aucun élève n’accepterait aujourd’hui pareil
régime : quelques jours de congé à Pâques et à Noël, congé que les
internes passaient au Collège ; les grandes vacances commençaient
après le 15 août et la rentrée avait lieu le premier mardi
d’octobre. Les horaires de l’année scolaire dépendaient de la vie de
l’internat. Lorsqu’il y avait une journée de congé, et c’était rare,
les externes devaient venir au Collège comme les autres jours ; la
matinée était consacrée à des cours dits d’agrément : dessin,
escrime, langues, sciences…L’après-midi, ils allaient en promenade
avec les internes sous la conduite d’un surveillant, et le soir,
étude au collège.
La guerre de 1914-1918 est une terrible épreuve pour le
Collège : 189 élèves et anciens donnent leur vie pour notre patrie.
En septembre 1927, les internes quittent Namur pour aller à
Godinne où on a construit un nouveau Collège spécialement à leur
intention, le Collège Saint-Paul.
Néanmoins, malgré ce départ, la progression du nombre
d’élèves continue à Namur et après la Seconde Guerre Mondiale, des
professeurs laïcs commencent à dispenser des cours.
En 1965, le Collège a 800 élèves et les bâtiments sont
devenus trop étroits. La congestion menace. L’université cherche
elle aussi à s’agrandir.
La Compagnie de Jésus hésite à garder tous ses collèges et
celui de Namur est fortement menacé. Les bâtiments sont vétustes et
il est impossible de s’étendre. Recteur du Collège et des Facultés,
le Père André Wankenne soulève la question et suscite des pistes de
recherche.
Son successeur, le Père Boné est persuadé qu’il faut sortir
de la ville.
On pense à Amée, au Val-Saint-Georges, à Bouge.
Finalement sur les conseils de Monsieur Antoine Humblet,
l’attention se porte vers Erpent. Un peu plus de six hectares sont
acquis sur le plateau de ce village situé au sud-est de Namur et
d’accès relativement facile.
Le Collège d’Erpent ouvre ses portes en septembre 1971, sous
la direction du Père Guy de Marneffe qui a été chargé de repenser
toute la pédagogie du Collège. En concertation avec les parents,
deux orientations majeures et nouvelles ont été prises : la mixité
et un régime disciplinaire conçu d’une autre manière que dans
l’ancien Collège et qui tablera davantage sur l’éducation à la
liberté.
Les Pères Colleye et De Dèckere succèdent au Père de
Marneffe, engagent de nombreux professeurs laïcs féminins et
masculins et s’occupent activement du passage à l’enseignement
rénové.
Comme l’a écrit avec justesse le Père Hanno, « il est évident
que ce choix de l’enseignement rénové s’inscrit dans la tradition
d’accueil et de liberté qui veut être celle du collège d’Erpent ».
Cheville ouvrière du Collège en tant que Père Préfet, le Père
Jacques Daiche par sa générosité et son charisme exceptionnel
contribue lui aussi à la réussite de cette révolution copernicienne.
Puis la Direction du Collège passe aux mains des laïcs :
Monsieur Guy Carpiaux devient en 1981 le premier directeur
non-jésuite de Notre-Dame de la Paix. Durant les six années où il
sera échevin de la Culture et du Tourisme de la ville de Namur,
Monsieur Jacques Sibille, aujourd’hui décédé, assurera l’interim.
Monsieur Carpiaux met en place dans les années 80 et 90 toute
une série d’outils pour accroître la participation des professeurs,
des élèves et des parents : citons le Conseil des professeurs, le
Conseil de la Communauté éducative (précurseur de l’actuel Conseil
de participation), le Conseil de délégués des élèves et le Collège
de Direction.
Monsieur Carpiaux est aussi très attaché à la naissance au
Collège d’une section de qualification.
Pendant les 25 ans de Direction de Monsieur Guy Carpiaux se
succèderont trois préfets d’Education : le père Daiche pendant
quelques mois, le Père Albert Schmitz de 1982 à juin 1993 et
Monsieur Jean-Pierre Marinx, depuis septembre 1993.
Deux sous-directeurs épauleront aussi pendant ces 25 années
Monsieur Carpiaux et Monsieur Sibille : Monsieur André Preudhomme,
sous-directeur et Préfet du Premier Degré de 1978 à juin 2004 et
Madame Anne Bazier, sous-directrice et Préfète du Premier Degré de
2004 à 2006.
Durant toutes ces années, le nombre d’élèves augmente
considérablement et de nouvelles classes de cours doivent être
construites.
En 2006, le Pouvoir organisateur du Collège confie la barre
du Collège à Monsieur Stéphan de Brabant, qui fut pendant six ans
Directeur de l’Institut Notre-Dame des Champs à Bruxelles.
En primaire, les Directeurs laïcs qui succèderont à Monsieur
Lelivre, à savoir Messieurs Lambert, Deleuze, Sacré et actuellement
Monsieur Philippe Fabry, verront aussi se gonfler le nombre d’élèves
et d’instituteurs.
Aujourd’hui avec environ 1700 élèves, 180 professeurs dont un
seul Jésuite, le Père Michel Gilson, responsable de l’Animation
spirituelle, 15 membres du personnel de cuisine et ouvrier, 6
personnes à la Direction, le Collège peut faire penser à un gros
navire. Mais rassurons-nous : c’est tout, sauf le Titanic. La
créativité est présente, les projets foisonnent, l’ouverture au
monde se poursuit : « Fluctuat, nec mergitur. »
Daniel MARCHANT
Erpent - 18
Novembre 2006 - 175è anniversaire du collège.
…Parler aujourd’hui de « collège jésuite » à un moment où, en
plusieurs lieux en Belgique, dans ces collèges, il n’y a plus ou
quasi-plus de jésuites… Sans pour autant que l’appellation soit
mensongère, car, sans doute plus que par le passé, il se trouve une
« conspiration commune » de laïcs (directeurs, professeurs,
éducateurs) qui s’efforcent de vivre et de faire vivre dans
« l’esprit jésuite ».
Un établissement est dit « jésuite » si son Pouvoir
Organisateur conclut avec la Compagnie de Jésus une convention qui
fixe les droits et les devoirs des deux parties ; et
particulièrement qui engage à s’inspirer de cette tradition
pédagogique, adaptée bien sûr aux circonstances et à l’évolution de
notre société.
Pour réaliser cela, la Compagnie met un service
« intercollèges » à la disposition de ceux-ci : un délégué du Père
Provincial, une inspection générale et un service d’évaluation
commune (« l’intervision »), des lieux de rencontre et de formation
pour les Pouvoir Organisateurs, les directeurs, les préfets, les
animateurs pastoraux, les économes et les gestionnaires, les
nouveaux professeurs…
La « pédagogie jésuite » comme un fil rouge qui traverse les
changements dans la société et dans le monde de l’enseignement, qui
permet de situer notre collège aujourd’hui,
-pourtant fort différent de celui de nos grands-pères (nos
grands-mères, à l’époque, fréquentaient d’autres instituts… Erpent
sera le premier collège jésuite à s’ouvrir à la mixité, en 1971).
-différent aussi de ce collège dont nous fêtons les 175 ans,
ouvert à Namur à l’aube de la Belgique indépendante, dans les murs
de l’abbaye de la Paix Notre Dame… aujourd’hui quadrilatère des
facultés universitaires.
-fort différent de ce premier collège jésuite à Namur,
construit dans les rempart de la ville, il y aura bientôt 400 ans,
en 1610, et dont nous admirons aujourd’hui les bâtiments , rue du
collège, et l’église, dédiée hier à Saint Ignace, aujourd’hui à
Saint Loup. (Les premiers collèges de la jeune Compagnie de Jésus
s’ouvraient en Belgique, à Tournai et à Dinant en 1562 et 1563.)
Ces premiers collèges qui tous tiraient leur inspiration du
premier « ratio studiorum », règlement des études, de la Compagnie,
rédigé en 1599, fruit de l’expérience menée dans les premiers
collèges, déjà du vivant de Saint Ignace, -et particulièrement
l’expérience du collège de Messine, fondé en 1548 et considéré comme
le prototype de tous les collèges jésuites à l’époque. Le Père
Jéronimo NADAL est à l’origine, et du collège de Messine, et du
ratio studiorum.
Aujourd’hui, la dernière version internationale de ce « ratio
studiorum » est la publication en 1986 des « Caractéristiques de
l’éducation jésuite », diffusées et traduites chez nous de tant et
de tant de façons en « Approches concrètes », en « Pédagogie et
spiritualité » jusqu’à une dernière plaquette « Collèges et
instituts jésuites aujourd’hui », à l’usage des professeurs,
publiées en 2002 et rédigée en équipe par l’Inspection Générale des
Collèges, sous la responsabilité de Monsieur Philippe Laoureux,
délégué du Père Provincial.
Pour les collèges jésuites, à travers les siècles et au-delà
de toutes les différences, il s’agit toujours et d’abord,
(comme pour Saint Ignace dans « Le récit du pèlerin » ou dans « Les
exercices spirituels »), d’une EXPERIENCE A VIVRE et à faire vivre :
Discerner le chemin de sa vie – Trouver sa place dans le monde –
Aimer et servir.
La manière de vivre cette expérience doit bien sûr sans cesse
être réinventée, dans la fidélité au passé et en connivence avec le
temps présent, mais il s’agit toujours bien de cela : Discerner…
Trouver sa place… Aimer et servir.
Plus concrètement, permettre au jeune, à chaque jeune (sans
élitisme, mais en jetant à tous un défi d’excellence), permettre à
chaque jeune de COMPRENDRE LE MONDE, tel qu’il est, -à travers un
travail exigent, des enseignements de qualité, une formation à
l’esprit critique… mais aussi une attention à chaque personne,
particulièrement les plus fragiles.
Comprendre le monde pour permettre à chacun de développer
« tout le possible en lui », lui faire faire cette découverte :
« PLUS EST EN TOI ».
Et cela ne peut se faire que dans la confiance (cette
confiance qui va à l’encontre de tant d’à-priori, de masques, de
jugements, de méfiance de tous les jours). J’aime prendre comme
texte d’évangile, lors de chaque célébration de rentrée, cette
interpellation des disciples : « Seigneur, augmente en nous la foi,
- la confiance… - Si vous en aviez comme un grain de moutarde, vous
diriez à ce grand arbre que voilà : déracine-toi et plante-toi dans
la mer. Et il le ferait ! » Et nous avons tous l’expérience, dans un
ou l’autre domaine, que lorsqu’on nous fait confiance, lorsqu’on a
vraiment confiance en soi, même ce qui paraît impossible, nous
pouvons le faire…
Comprendre le monde, pour y vivre, pour en être partie
prenante (je suis heureux de voir les engagements des aînés du
collège : animation de mouvements de jeunesse, délégations diverses,
parrainages des plus jeunes…).
S’engager dans le monde avec sur celui-ci un a-priori
favorable, un optimisme fondamental. Faire faire cette
autre découverte (et c’est le cœur même de l’évangile) : TOI AUSSI,
tu vaux la peine, Toi aussi, même derrière tes larmes et à travers
tout, TU PEUX ETRE HEUREUX.
Comprendre le monde et y discerner le meilleur, pour moi et
pour l’autre… « Ce qui nous rendheureux » (et cela va
souvent à contre-courant de tant de pseudo-valeurs que véhicule
notre société : la performance qui isole et qui écrase, la
rentabilité immédiate, la frime, l’argent…)
Mettre ma personne et mes compétences au service d’un monde
que l’on veut plus juste et plus solidaire. Le Père Arrupe, ancien
Supérieur Général des Jésuites, avait cette formulation très claire
au Congrès des Anciens Elèves à Valence : Il s’agit pour vous de…
« former deshommes et des femmes avec et pour les
autres. »
Entrer dans ce projet, pour une direction de collège, pour
des enseignants, des éducateurs, c’est aussi prendre conscience de
notre responsabilité, celle de tout mettre en œuvre, chacun à
notre place, pour apporter à nos élèves ce dont ils ont besoin pour
se construire. Il ne s’agit pas de gavage, ou de bourrage de crâne,
mais d’un projet de tous les instants, comme une toile
impressionniste, faite de traits, de touches et de points,
diversement colorés…
A travers tant et tant d’activités scolaires et
parascolaires, spirituelles, festives ou solidaires, dans tout ce
qui fait la vie de notre collège ; notre vœu et nos efforts, si
souvent reconnus par nos anciens, d’un collège « où il fait bon
vivre ».
Un projet où chacun a sa place, pédagogue et éducateur, où
chacun a son rôle, qui peut parfois paraître ingrat (plusieurs
travaillent aux semailles, d’autres récoltent, -parfois des années
plus tard ! On est toujours surpris, en rencontrant d’anciens
élèves, des souvenirs qu’ils gardent, de ce qui les a marqués,
transformés parfois… et qui nous paraissaient alors bien
accessoires…).
Un projet qui responsabilise, au-delà de notre enseignement.
Saint Ignace allait jusqu’à placer l’exemple personnel du
professeur bien au-dessus de l’enseignement même, comme un moyen
apostolique de faire progresser les êtres dans les valeurs.
Un jésuite du 16è siècle disait : « Eduquer la jeunesse,
c’est construire un monde nouveau. »
Une « mise au monde », tel est le vrai défi de nos
collèges. C’est pour nous, ici et maintenant, aujourd’hui, que se
vit l’Incarnation, non par un souvenir d’hier, mais comme une
alliance d’aujourd’hui… « SI TU VEUX, si tu veux, c’est
aujourd’hui et en toi qu’une espérance doitnaître. »
« C’est là le sens de ta vie.
Et notre bonheur aussi. »
Michel GILSON sj
Erpent - 18
Novembre 2006 - 175è anniversaire du collège.
C’est à moi qu’il
revient de conclure cette séance académique que nous avons voulue
simple.
Notre objectif était à la fois de rappeler l’historique de
notre cher Collège mais aussi les valeurs que chaque jour, nous
voulons vivre avec nos élèves.
Je tiens tout d’abord à remercier le Père Michel Gilson et
monsieur Daniel Marchant pour l’accueil qu’ils m’ont réservé lorsque
je leur ai demandé de réaliser les exposés que nous venons
d’entendre. Aujourd’hui, alors que nous commémorons ensemble le 175ème
anniversaire du Collège, le 35ème anniversaire de l’installation du
Collège sur le plateau d’Erpent et les anniversaires ignatiens, je
veux vous remercier de nous avoir rappelé d’où nous venions et qui
nous étions .
Je tiens aussi à remercier le Père Daniel Sonveaux,
responsable au sein de la Compagnie de Jésus de la province belge
méridionale et qui nous fait l’honneur d’être des nôtres ce soir.
Je pense en toute humilité, moi qui ne suis ici que depuis
très peu de temps, moins longtemps encore que les 5 bougies
soufflées récemment avec fierté par Eugénie, que ce qui explique la
longévité et l’attrait de notre Collège, c’est la concordance de
trois éléments.
D’abord, un souci constant d’offrir aux étudiants le bagage
nécessaire et indispensable à une intégration optimale dans la
société. Nos enseignants, et particulièrement dans les classes
terminales sont sans cesse attentifs au développement de la
flexibilité et à la capacité d’adaptation de nos étudiants. Je
citerai ici à titre d’illustration tout le travail de maturation
vocationnelle fait au sein des classes du 3ème degré pour
amener précisément les élèves à réfléchir sur le sens qu’ils
veulent donner à leur vie, sur les choix qu’un jour,
inévitablement, un homme ou une femme doit poser et sur les
responsabilités inhérentes à son engagement.
Notre second souci est de ne pas nous contenter de proposer
une formation intellectuelle certes rigoureuse, exigeante tendant à
l’excellence mais d’offrir aussi une éducation qui englobe toute
la personnalité de l’étudiant. C’est d’ailleurs ce que vous avez
pu observer dans les deux projections réalisées par monsieur Soudant
que je veux ici remercier.
Michel Develay, pédagogue français dit que les élèves sont
capables de raisonner si le climat de l’école résonne en eux. A
nous, parents, éducateurs, pédagogues de créer et d’entretenir un
climat qui résonne en eux. Je pense que toutes ces activités ne
peuvent que concourir à développer un tel climat porteur de sens,
porteurs de valeurs.
Enfin, notre troisième souci est de fournir à nos élèves de
solides repères et surtout un esprit d’ouverture aux autres.
L’objectif est que nos élèves soient demain des hommes et des femmes
capables d’assumer des responsabilités au bénéfice de la société
d’aujourd’hui et des générations futures. Nous devons croire et
espérer que nos élèves seront demain les acteurs d’une
transformation sociale de plus en plus nécessaire.
Je pense ici aux paroles de monsieur Christian Panier,
invité par l’Association des Parents que nous avons eu le plaisir
d’accueillir ici même ce mercredi et qui nous disait sa crainte de
ne pouvoir maintenir aussi haut un tel idéal en raison de
contingences économiques sans cesse croissantes et de l’influence
néfaste et dévastatrice des exigences du marché.
Ne pensez pas que mon propos de ce soir soit pessimiste et
alarmiste. Loin de là, les jeunes que nous avons au quotidien sous
les yeux nous donnent t sans cesse la preuve de leurs audaces
créatrices, de leur confiance inébranlable en l’avenir et de leur
ferme volonté de se former au milieu d’autres jeunes qui partagent
les mêmes valeurs.
Que notre Collège continue demain comme hier à accomplir son
œuvre d’enseignement au service de l’éducation et ce, pour le bien
de tous ceux et de toutes celles qui le fréquentent.
Tel est le vœu que je formule !!!
Monsieur Fabry disait tout à l’heure que je clôturerai mon
intervention en vous invitant à lever votre verre au passé riche de
notre Collège et surtout à son avenir.
Je veux cependant d’abord vous inviter à participer à la
chapelle à une célébration eucharistique. Après celle-ci, le verre
de l’amitié vous sera offert dans le centre des 4èmes.
Je vous souhaite à
tous une excellente soirée et vous remercie pour votre attention ……
Stéphan de BRABANT
Erpent - 18
Novembre 2006 - 175è anniversaire du collège.
M. Stefan de Brabant, Directeur de l'Ecole Secondaire