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Un tout grand merci aux professeurs
d'Éducation Physique pour ces journées !
Hier issu du vieux français « se desporter
» (s’amuser), aujourd’hui acteur et tout à la fois produit de la
vie en société, le sport est santé, d’abord et indubitablement :
même le sceptique, qui remettrait en cause l’infaillibilité du
mythique « Mens sana in corpore sano », concéderait –à l’opposé
d’une « utilité d’avachissement »-l’utilité de mouvoir le corps.
Hélas et heureusement, le sport n’est pas « que » santé : parce
qu’il est mouvement, il incite au dépassement de soi, …au
dépassement des autres; parce qu’il incite au dépassement, il
induit l’expression corporelle; parce qu’il est expression, il
est plaisir pour ceux qui le pratiquent, mais aussi spectacle et
suspense pour ceux qui le regardent.
L’instrumentalisation de la fonction
éducative du sport n’est pas neuve, remontant à la conception
humaniste de l’éducation telle que la concevait la Renaissance.
Le Gargantua de Rabelais et son maître se levaient à l’aube pour
méditer une page de l’Ecriture sainte, puis venaient les jeux
physiques du matin : « Ils jouaient à la balle, à la paume, à la
pile trigone, galantement s’exerçant les corps comme ils avaient
auparavant les âmes exercées. Tout leur jeu n’était qu’en
liberté, car ils laissaient la partie quand leur plaisait et
cessaient ordinairement lorsque suaient ou étaient autrement
las. » Pareil emploi du temps, reposant sur l’équilibre entre
activités cérébrales et physiques, affirmait l’ambition des
humanistes : accéder aux connaissances les plus variées, tout en
respectant l’idéal chevaleresque. L’écuyer qui montre l’art de
la chevalerie à Gargantua porte symboliquement le nom de
Gymnaste…
Rabelais influencera Montaigne, pour
lequel « les jeux et l’exercice seront une bonne partie de
l’étude : la course, la lutte, la musique, la danse, la chasse,
le maniement des chevaux et des armes. Je veux que la bienséance
extérieure, et l’entregent, et la disposition de la personne, se
façonnent avec l’âme. Ce n’est pas une âme, ce n’est pas un
corps qu’on dresse, c’est un homme. Et, comme dit Platon, il ne
faut pas les dresser l’un sans l’autre, mais les conduire
également, comme un couple de chevaux attelés au même timon. »
Cette complémentarité entre l’étude et le
sport, parfaitement définie dès la Renaissance, tombera
cependant progressivement dans l’oubli, l’armée relayant l’école
dans l’instrumentalisation de l’exercice physique : il n’y
s’agissait plus de bouger pour mieux percevoir l’âme, mais pour
être prêt à guerroyer... Ainsi faudra-t-il attendre le XXème
siècle pour voir introduite l’éducation physique dans les
programmes scolaires belges. Aujourd’hui bien ancrée dans ces
programmes, elle est pourtant toujours réduite à deux heures
hebdomadaires (officielles…) : portion que l’on peut trouver
congrue en comparaison de ce que fut l’humanisme « gargantuesque
»…
source : Médiathèque CFWB