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Durant
trois soirées, les 18, 19 et 20 avril 2008,
quarante-quatre élèves de rhétorique du Collège
Notre-Dame de la Paix ont présenté une fresque
contemporaine à grandeur humaine de vies qui se croisent
au gré des aléas du quotidien. Le décor, le cadre de
vie de ces destins : le hall d’entrée d’un immeuble
cossu et bourgeois à Bruxelles.
Et
déjà, vous plongez, bien malgré vous, dans la spirale
d’a priori tenaces, dans le tourbillon de préjugés
chroniques, dans la tourmente inéluctable des choses de
la vie. Qu’ont cherché les metteurs en scène au travers
des textes et musiques à nous transmettre ? Que
souhaitent nous communiquer ces acteurs tous fidèles à
leur personnage ? Qu’attend le public en venant voir
cette pièce intitulée « Destins croisés » mise en scène
par Marie-Cécile SAMSON (professeur), avec la
participation musicale avisée de François MARINX (ancien
élève) et la collaboration de Kathleen ELOY (professeur
et ancienne élève) ?
Etonnamment, après avoir assisté à la représentation,
une première impression s’impose. L’histoire s’articule
autour de quatre personnes par essence discrètes,
transparentes et insignifiantes, quatre stéréotypes à
qui d’habitude, on n’accorde aucune importance
particulière, quatre petits bouts de femme pour qui le
monde, en règle générale, s’indiffère : la concierge de
l’immeuble, la clocharde alcoolique, la personne de
nationalité étrangère en charge de l’entretien des
appartements particuliers et la petite fille de 12 ans
désabusée par son univers stérile, mal dans sa peau,
révoltée et à l’étroit dans l’appartement de 400 m²
qu’elle partage avec ses parents. |
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Les
voilà donc toutes les quatre sous les feux des
projecteurs, en pleine lumière. Elles tiennent
remarquablement la contradiction délicate d’un rôle
secondaire voire accessoire aujourd’hui devenu pour les
besoins de l’histoire rôle principal. Etonnant à
l’extrême que le bon sens sorte spontanément de leur
bouche, laissant l’assistance bouche bée.
La
représentation dure trois heures et nous découvrons des
personnages issus d’horizons sociaux différents, de
cultures métissées, d’ambitions professionnelles à
vitesse variable. Trouver sa place, jouer son rôle, oser
sa différence, sa singularité et sa particularité pour
enfin exister, c’est ce que cette représentation
théâtrale nous distille incidemment.
Epoustouflant de réalisme et d’émotions tantôt graves,
tantôt amusantes, chaque interprète, chanteur, musicien,
acteur devient, dans son registre, une évidence. Du
jeune couple qui s’apprivoise au vieux qui se retrouve,
des deux sœurs qui se déchirent à la mère que sa petite
fille éduque, du père et son fils qui parlent le même
langage mais ne parviennent pas à s’écouter, des voisins
qui font du bruit au locataire énervé et jaloux qui
voudrait bien dormir, du raffinement subtil de la
culture orientale à la perception extrasensorielle de la
richesse intérieure, des malentendus surréalistes et
légers aux quiproquos absurdes et à peine voilés … les
mondes s’affrontent dans leur identité profonde, dans
leurs valeurs absolues. Toutes ces scènes sont
entrecoupées de créations musicales originales.
L’ambiance est donnée. Une atmosphère se crée.
L’histoire se colore. La chanson sublime les propos.
Pourquoi tant d’énergie déployée à se cacher plutôt qu’à
se retrouver, à se séparer plutôt qu’à se rencontrer ?
Le temps d’une pièce de théâtre, on y croit pourtant. On
croit qu’un monde sans clivages économiques et sociaux
est possible, qu’une planète peuplée de différences
complices reste un rêve accessible, que le mélange des
genres, le brassage des niveaux de vie et l’échange par
delà les multiples frontières culturelles et
philosophiques sont la seule issue au cul-de-sac dans
lequel guerres et révoltes plongent le cours de nos
vies.
Et
malgré cette importante distribution et cette affluence
fidèle, chacun a pu trouver sa place : décorateurs,
couturières, maquilleuses, techniciens régisseurs,
cameraman, éclairagistes, musiciens, acteurs, chanteurs,
danseurs, metteur en scène, créateur et spectateurs.
Discrets pour les uns, prépondérants pour les autres,
chacun a joué son rôle pour réussir le cours de ce
moment privilégié, chacun à la poursuite de son destin,
chacun à la recherche d’être, pendant un instant,
vraiment soi enfin.
Isabelle RONVEAUX - Secrétaire de Direction
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