|
A l’école
primaire, racines et novation font bon ménage … et recette
Philippe Fabry directeur de
l’école primaire
   
Conjuguer le passé et le
présent pour préparer l’avenir
L’actualité le confirme (ou
inquiète ?) à souhait : l’école primaire reste (ou devient ?)
d’une importance capitale dans le développement et l’éducation
de nos enfants et donc dans la préparation de notre société de
demain. Primaire (première), fondamentale; des mots qui en
disent long sur les objectifs que le législateur n’a donnés
étonnamment à l’Ecole qu’en 1997 par le décret « Mission de
l’école ».
Dans ce paysage, le Collège
d’Erpent, comme toutes les autres écoles, a donc la nécessité
permanente, le besoin ou l’obligation de se positionner et
d’avancer dans son projet d’éduquer des hommes et des femmes
pour les autres.
Et la machine n’est pas petite à
déplacer : cette année encore, 585 élèves, 26 classes, sont
preuves, si besoin est, de la satisfaction de notre public. Une
bonne santé donc. Mais une taille qui en impose et qui pourrait
faire peur. Comment ne pas être perplexe pour son petit premier
au milieu de cette foule ? Crainte bien légitime mais pas si
fondée que cela. Un enfant n’est pas si démuni qu’on pourrait le
penser et s’adapte facilement à tout cadre de vie. Les
nécessaires préalables pour apprendre sont tout autres que la
taille d’une école. Ce sont les sentiments de sécurité, de bien
être, de valorisation, de reconnaissance, d’existence, de
repères,… qui font qu’un enfant sera mis dans les bonnes
conditions (les préalables) pour envisager sereinement
l’Apprentissage dans tout son sens générique. Alors et
seulement, entreront en lices les outils et procédures éducatifs
et didactiques qui transformeront un enfant en élève disponible
aux apprentissages.
Ce qui suit prélève dans notre
Collège quelques-uns de ces gages de réussite qui font de notre
Collège un projet efficient, en marche et sans cesse régulé. Une
vision extérieure traduisit cette marche il y a quelques années
par le titre évocateur de « mutation tranquille ».
Dans une école, la main est
donnée à l’enseignant. C’est lui le générateur des
apprentissages aux côtés de l’enfant qui en est l’acteur.
Notre école primaire compte une
quarantaine d’enseignants qui sont comme les rayons qui
constituent une roue. Chaque rayon a son importance et apporte
sa solide contribution à l’équilibre de l’ensemble. L’avantage
d’une telle structure est pluriel : ce sont les richesses des
rayons qui forment bien la spécificité et la qualité unique de
la roue dans toute leur diversité. Changez-en un et la roue ne
risque pas l’embardée car le cap est conservé par l’ensemble,
mais sans doute aussi avec la fraicheur du renouveau. Dit
autrement, le passé du Collège démontre combien les enseignants
qui s’y succédèrent furent de véritables professionnels de
l’enseignement qui marquèrent de leur empreinte l’histoire de
l’institution. Et tout ceci baignant dans quelque chose qui est
bien plus qu’une atmosphère, une véritable culture construite
sur 175 années d’existence, aux valeurs fondatrices fortes et
confiantes pour l’avenir. Une maxime – LA maxime - du Collège :
« Plus est en toi » en dit long sur ce sujet.
Ces dernières années, nous avons
pu mettre à l’honneur et remercier plusieurs de nos professeurs
qui prirent une prépension bien méritée : Mesdames Yvette
Lievens, Francine Taminiaux, Ghislaine Tilleux, Marianne
Dermine, Anne-Marie Salvatori, Messieurs Charles Sacré, Francis
Lemmens, Jean-Pol Gillet pour ne parler que de ces six dernières
années, et sans oublier le départ de Monsieur Benoît Davister
vers des responsabilités de direction.
La collaboration des deux écoles
normales libres de la région de Namur permit de recruter autant
d’enseignants qui assumèrent la passation de la « craie ». Comme
dit plus haut, nous avons pu observer cette fusion entre
l’énergie créatrice du renouveau et l’ancrage de l’institution
dans la profondeur de ses racines.

Ce qui frappe en arrivant au
Collège, c’est le côté ouvert, sans clôture, du domaine. Et ce,
à l’instar de beaucoup d’écoles urbaines et même rurales.
Verdure, espaces aérés et apaisants, bâtiments empreints de
sobriété concourent à ce bien-être préalable aux apprentissages.
Le Collège veille à conserver ce plus, autant à l’extérieur qu’à
l’intérieur, convaincu de la nécessaire qualité de
l’environnement pour les élèves.
Conçus, il y a une trentaine
d’année, sur le principe communautaire, les bâtiments du Collège
sont actuellement entrés dans une phase de lifting, tout d’abord
compréhensible à cet âge, mais également plus en adéquation avec
les besoins pédagogiques contemporains.
Ainsi, depuis plusieurs années,
un budget conséquent est consacré au remplacement du mobilier de
classes rendant celles-ci plus confortables et plus
chaleureuses. Une classe cependant dénote. En effet, voici 8 ans
qu’une expérience originale est poursuivie dans une de nos
classes de 1ère année : les élèves y sont assis sur
des ballons. Et cette expérience n’est pas qu’originale. Car des
résultats probants font perdurer ce projet : après une première
année d’expérience, les élèves de cette classe ont en moyenne
grossi de 500gr en moins et grandi de plus d’1 cm en plus en
comparaison à une classe témoin voisine. Il n’en faut pas plus à
l’enseignante pour poursuivre l’expérience en ajoutant avec le
recul mais aussi les précautions d’usage que les ballons
auraient une influence tangible sur la qualité d’attention des
élèves. Affaire à suivre donc.
Le mobilier n’est pas le seul à
bénéficier des rénovations. Plusieurs locaux ont vu le jour ou
ont été adaptés : une salle polyvalente spacieuse peut désormais
accueillir plusieurs classes en mettant tout son matériel
scénique et audiovisuel à disposition.
Le local informatique doté d’
iMac’s apporte aux enfants un outil alternatif aux
apprentissages par une collection sans cesse entretenue de
logiciels éducatifs. Mais la technologie évolue et bientôt 40
machines plus performantes viendront s’ajouter au parc actuel.
En fait, l’école primaire du Collège fait partie des écoles
pilotes du nouveau projet de dotation de la Communauté Française
en partenariat avec la Région Wallonne.
La bibliothèque-centre de
documentation n’est pas en reste. Déjà bien achalandée, un
projet global de conception nouvelle mené par une petite équipe
d’enseignants voit le jour actuellement : construction d’une
mezzanine par nos ouvriers, espaces de lecture conviviaux,
système de classement pratique, espaces de recherche, mobilier
adapté, … Autant de réalisations concrètes financées par
l’Association des Parents du Collège qui plaça ce projet en
priorité sur ses tablettes.
Le lifting déjà bien avancé
touche également les couvertures de sol. Plusieurs classes ont
déjà pu bénéficier du remplacement du tapis plain –choisi sans
doute pour son aspect feutré par les pionniers du Collège- par
des recouvrements moins décriés comme le parquet ou le linoleum.
N’oublions pas le remplacement
échelonné des châssis arrivés en bout de course, la réfection
d’une cour de récréation ainsi que la remise à neuf des
toitures.
Et les petits de 1ère
et 2e année sont à la fête. Un grand espace couvert
leur est désormais spécialement réservé. Dans l’atrium aménagé
pour la circonstance, ils trouvent chaleur et réconfort pendant
les temps de midi des mois d’hiver et peuvent profiter
pleinement du matériel de psychomotricité mis à leur
disposition.
Allons plus à l’intérieur de
l’école primaire. L’organisation y est traditionnelle dans sa
structure : un titulaire, une classe ; sans oublier
l’intervention des maitres spécialisés en langue, religion et
éducation physique. Pas d’organisation trop tortueuse, sur ce
point, le passé a fait ses preuves. Mais la tradition s’arrête
là. Place aux projets, aux défis, à la construction des
apprentissages. Les cours « comme de mon temps », doivent
disparaitre, évolution des recherches pédagogiques oblige. Mais
avec circonspection, il est bien question d’enfants avant tout.
Quatre classes dans chaque année
et une de plus pour les 5e et 6e années, telle est le paysage.
De plus en plus d’élèves au fur et à mesure du cursus. On ne
quitte pas le Collège, on y vient, et les humanités suivront.
Mais attention au surpeuplement des classes. Il faut continuer à
faire du bon travail et donc se limiter en nombre. En
l’occurrence, le principe du premier inscrit, premier servi est
de rigueur. On ne bâcle pas pour autant une inscription, l’enjeu
est trop important. Sommes-nous bien dans l’école que nous
cherchons pour notre enfant ? L’inscription se fera donc « en
prenant le temps ». Toutes les questions doivent être posées …
et répondues. Soyons clairs : le collège véhicule comme un
sparadrap collé à un doigt cette réputation d’élitiste. Ce sont
des paroles de personnes qui n’y ont jamais mis les pieds, et ce
sont les parents qui le disent. Bien sûr, au Collège on
travaille et l’on veut son maximum pour chaque élève. Plus est
en toi. On est bien là pour ça. Jusque là, c’est plutôt la
recherche de l’excellence. Les plus faibles sont-ils pour autant
oubliés ? Moins de 1 % d’échecs, voici déjà une réponse.
L’organisation de l’école est aussi axée sur cette
problématique : des enseignants supplémentaires sont attachés à
chaque classe pour venir ponctuellement permettre une meilleure
prise en charge des élèves en difficulté. De cette manière,
libéré du reste de la classe, le titulaire a toute opportunité
de focaliser son attention sur eux. En coulisses, les conseils
d’année, avec la direction, identifie et prend le recul souvent
éclairant vis-à-vis des démarches de remédiation entreprises.
Les dossiers personnels d’élèves viennent alors à point nommé
retracer le cursus de chacun. Proposé à l’initiative des
parents, intervient également le centre psycho-médico-social
dont les outils affinés permettent le diagnostique des
difficultés chez l’élève. Mais le champ d’action du PMS est plus
large. Par exemple, des sociogrammes sont quelquefois établis
pour certaines classes afin d’étudier les interactions présentes
–ou absentes- entre les élèves ; interactions, paramètres très
influents dans les apprentissages.
Comme déjà dit, les projets sont
légions : retour des classes de neige délaissées un temps,
classes de sport pour le cycle 8-10, classes de mer pour le
cycle 6-8 ; de grands rendez-vous porteurs de sens et de moments
forts à vivre ensemble. D’autres incontournables ne doivent pas
être négligés. En effet, nombreux sont les partenaires
extérieurs sollicités régulièrement pour l’éducation de nos
jeunes. L’on citera parmi d’autres : le centre de santé, le
centre psycho-médico-social, les classes de patrimoine de Namur,
l’ASBL Provélo, la FRSEL pour le sport à l’école, le théâtre de
Namur, les Jeunesses Musicales, Planète Mômes, dact-école,
l’école du cirque, …

L’école secondaire est
évidemment un partenaire de choix. La collaboration est bien
présente et sans cesse grandissante, tout d’abord dans l’optique
d’une meilleure continuité (visites découvertes du secondaire
par les 6es primaires, informations aux élèves par la
sous-direction, activités communes),mais aussi dans le partage
et l’échange des infrastructures et matériels pour une meilleure
rentabilité.
Dernièrement, de nouveaux grands
choix de formation sont apparus. La conjoncture aidant, le
Collège ne pouvait faire l’impasse sur la question de
l’apprentissage des langues. Tout le monde s’entend sur cette
nécessité. Encore fallait-il arriver à mettre sur pied un projet
avec les moyens disponibles. C’est fait. Désormais, dès l’entrée
en première année, l’apprentissage précoce du néerlandais sera
organisé à raison de deux heures hebdomadaires.
Un maitre spécial de musique a
aussi été engagé cette année afin de développer cette facette de
la formation trop souvent laissée pour compte.
Tous ces moments, tous ces
projets, chaque parent a l’opportunité d’en gouter une part lors
de l’édition des 3 ou 4 journaux/an de l’école primaire
« l’Accord du Participe Passion », idée portée par son Conseil
de Participation. Au départ légal, cette instance n’en est pas
moins devenue très conviviale. Composé de représentants des
enseignants, du Pouvoir Organisateur et des parents, le conseil
offre une porte d’entrée dans l’école intéressante à ces
derniers et un lieu où peuvent se confronter -le mot est trop
fort- les différentes sensibilités et préoccupations. Apporter
un regard extérieur et de parents est évidemment profitable pour
l’école. Regarder du dedans ou du dehors, ce n’est pas la même
chose.
Les parents. Historiquement
écartés de l’instruction octroyée à l’école, ils sont désormais
nécessairement impliqués dans l’éducation de leurs enfants.
Cela, les fondateurs des écoles jésuites l’avaient compris
depuis longtemps en intégrant une représentation parentale de
manière bien plus qu’anecdotique dans les Assemblées générales
de leurs Pouvoirs Organisateurs et de leurs Conseils
d’Administration. Toute sensibilité concernée par l’éducation
des élèves y a sa place. Le Collège d’Erpent ne déroge pas au
principe et présente bien une physionomie paritaire entre
l’Association des Parents, les enseignants, les représentants de
la Compagnie de Jésus et les Anciens du Collège.

L’Association des Parents ne se
limite pas à être présente dans les instances. Organisée en
ASBL, elle porte annuellement plusieurs projets, récurrents ou
nouveaux, apportant sa part à la dynamique éducative. L’on
épinglera les conférences organisées sur des sujets divers, la
participation aux évènements comme la rentrée des classes ou les
souper et fête d’école. Un petit coup de cœur pour cette volonté
d’impliquer un maximum de parents, spécialement au niveau des
classes. Le rôle de délégués de classe, parfois trop timide,
reste pourtant primordial ; la trentaine de délégués réunie
encore dernièrement témoigne bien de l’intérêt que portent les
parents à l’accompagnement de l’école et aux difficultés qu’elle
rencontre. Et la cerise sur le gâteau, c’est de ressentir cette
volonté d’agir, par principe, avec l’école dans un a
priori favorable (si cher au collège) et la réserve qu’il
convient de garder.
La communication n’est pas une
mince affaire pour une entité comme la nôtre et la développer à
outrance n’est pas superflu mais nécessaire si l’on veut
impliquer chacun. C’est par le biais d’un journal interne que
les enseignants découvrent chaque lundi les rendez-vous de la
semaine, les petits potins de la maison, les anniversaires ou
les nouveaux outils éducatifs mis à leur disposition. De quoi
développer le sentiment que l’on est un peu chez soi.
Les parents ne sont évidemment
pas oubliés. Comme déjà dit, le projet du journal interne
rencontre beaucoup de satisfactions. Plusieurs moments sont
aussi à mettre en exergue car d’importance. Il y a tout d’abord
les réunions plénières par classe de début d’année fort prisées.
A cette occasion, l’enseignant expose sa manière d’appréhender
les apprentissages, son organisation de classe, ses exigences,
les petits détails qui éclaireront les raisons de tel ou tel
fonctionnement. Il y a ensuite les réunions avec remise des
bulletins. Classiques. S’arrêter et faire le point est utile.
Sans oublier la réunion d’accueil du 1er septembre,
spécialement organisée à destination des nouveaux parents :
faire en sorte que les parents aient des repères dès le départ.
Mais il y a aussi la fête des 6es en fin d’année où enfants et
enseignants sont mis à l’honneur au terme de cette grande
aventure de l’école primaire. Moment intense en émotions. Mais
ce n’est pas la fin. On ne fait que « passer » dans l’autre
bâtiment, car on reste au Collège.
Au découvert de ces quelques
gages de réussites qui sont mis en place dans notre Collège, on
pourra clairement juger de cette « mutation tranquille ». C’est
cette énergie créatrice et innovante sur socle de valeurs sûres
qui rencontrera et solutionnera les défis à venir, pour la
formation des hommes et des femmes de demain, afin de construire
un monde toujours plus juste. C’est notre pari.
|