Edito du directeur

EDITORIAL JANVIER 2020

Je suis frappé du nombre de jeunes qui n'ont aucun projet. On sent ceux-ci emplis de peurs, de craintes quant à l'avenir. Leur question est fondamentale et même essentielle car elle consiste à s'interroger sur ce que sera demain.

La société, les parents, le politique, attendent énormément de l'Ecole. Il y a comme une attente névrotique vis-à-vis de l'institution scolaire qui devrait répondre à tout, qui devrait être l'antidote à l'anxiété collective. Or, aujourd'hui, la société est sans doute plus complexe car il n'y a plus comme hier, des évidences éducatives. La tentation est forte de tomber dans une facilité de pensée qui consiste en une critique systématique et constante du contexte global et du métier d'enseignant plus particulièrement.

Une série de bouleversements anthropologiques touchent l'école de plein fouet.

D'abord le rapport au temps. Enfermé constamment dans le moment présent, l'élève veut tout, tout de suite, pour rien .... comme les autres .... et il perd vite patience. Or notre métier requiert du temps et de la patience! Ne dit-on pas qu'il faut une vie pour éduquer un homme?

La construction de l'identité pose aussi question. Jusqu'il y a peu, notre identité nous la recevions de notre famille, notre village, notre quartier, notre religion, notre patrie ... nos anciens. Aujourd'hui, on dit au jeune "construis ton identité". Mais il est difficile de se construire quand il n'y a aucun repère, aucune racine.

La crise du lien social est, elle aussi, interpellante. Discutant avec un groupe de professeurs, j'expliquais combien, selon moi, la disparition du "nous" au profit du "je" était lourde de conséquences. Nous devons apprendre aux jeunes à vivre ensemble, à se montrer solidaires, à vivre l'école comme un lieu de vie collective.

L'activité "travail" perd de son importance. Elle devient activité secondaire après les loisirs, les activités personnelles. Il est fondamental de rappeler que l'école est un lieu de vie ... mais aussi un lieu d'étude, ce que certains semblent parfois oublier.

Enfin la crise de l'autorité touche aussi l'école. Nous vivons dans l'ère du soupçon par rapport à celui qui a l'autorité. Le professeur, devant ses élèves, est souvent dans cette situation. C'est là d'ailleurs qu'il a besoin, d'une part, du soutien de l'Institution scolaire et d'autre part, de la bienveillance des parents qui partagent les mêmes valeurs éducatives que lui.

Les problèmes sont donc nombreux et nous avons un devoir de lucidité par rapport à tout cela si nous voulons nous maintenir avec enthousiasme et conviction dans une fonction de pédagogue et d'éducateur.