Edito du directeur

2016 - 2018

Stephan de Brabant, Directeur

EDITORIAL FEVRIER 2016

De retour d’un séminaire de 4 jours à Lyon rassemblant les directions des écoles jésuites de France et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, j’ai envie de vous partager très brièvement mes réflexions sur le thème de cette session, à savoir : « Le numérique, une chance pour nous faire grandir en humanité ».

En préambule, soulignons que la révolution numérique à laquelle nous assistons fait suite à d’autres grandes mutations culturelles comme ce fut le cas pour l’écriture ou l’imprimerie.

La révolution numérique n’est pas optionnelle, elle est déjà en marche et va complètement bousculer notre rapport au savoir, à l’autorité. La transformation numérique de l’enseignement passera par de nouveaux outils, par une relation pédagogique complètement transformée, par des infrastructures scolaires repensées. Aujourd’hui, le numérique dans les écoles peut apparaître comme un corps étranger venant perturber un ordre établi de longue date. Le détenteur de savoir qu’est le professeur, l’espace classe et le temps de cours sont en effet remis en question.

Et si par le jeu ou la vidéo, nos élèves prenaient à nouveau du plaisir à l’école au lieu de s’y ennuyer ? On ne peut qu’être interpellés de nos jours par les taux d’échecs et de décrochages scolaires en FWB. Et si la relation pédagogique évoluait dans le sens où le professeur ne serait plus le détenteur du savoir et où il y aurait échange et pourquoi pas construction à partir de la base, comme c’est déjà le cas avec la pédagogie du projet ? Et si les infrastructures scolaires étaient organisées sous forme d’espace numérique de travail (ENT) ?

Nos élèves, aujourd’hui, appelés aussi génération « C » pour Collaboration, Communication, Connection et Créativité, nous poussent dans le dos pour adapter notre enseignement. Il est temps de réinterroger une école dont la forme a été principalement construite au XIXème siècle. L’enjeu est vital, le changement risque d’être profond car il nous oblige à sortir de notre carcan scolaire. Ce dernier est par ailleurs très rassurant dans un monde de plus en plus complexe et global.

Un second enjeu, selon moi, dans cette société numérique sera de conserver l’essence même de notre projet éducatif éminemment humaniste, c’est-à-dire de continuer à inclure et accompagner chacun de nos élèves. Ce sera d’aider chaque jeune à devenir un être pleinement libre et capable de se battre pour plus de justice sociale. Il faudra fondamentalement conserver une humanité à la relation pédagogique. L'école idéale ne sera pas une école où tout est au numérique.

Enfin, le dernier défi sera de s’assurer que les enfants maîtrisent effectivement la technique de lecture, de calcul, ce qui n’est pas toujours le cas et ce, avant de les lancer sur les écrans. Que le numérique soit destiné à tous les élèves dès leur plus jeune âge pourrait être profitable. Par contre, que ces mêmes élèves n’aient pas une excellente maîtrise des compétences de base serait dommageable.

Une fois ces enjeux définis, nous pourrons accueillir un nouveau monde, vivre son émergence avec bienveillance …. et lucidité !



EDITORIAL FEVRIER 2016

Le Collège bouge, évolue au rythme des personnes qui le composent. Cette année, 12 nouveaux enseignants ou éducateurs se joignent à nous. L'important est que chaque adulte développe avec humilité des attitudes réflexives sur ses propres pratiques quotidiennes.

Quant aux élèves, il importe, plus que jamais, de les former, de les éduquer à l'ouverture via des activités de rencontres, de découvertes, d'échanges linguistiques. Ces nombreuses activités extra ou intra muros qui constituent autant d'expériences personnelles, ont l'immense avantage de donner aux jeunes du sens par rapport à leurs apprentissages.

Le contexte politique, économique et social actuel, que ce soit dans le monde (Nice-Alep) ou en Belgique (Caterpillar) ne peut que nous poser la question du respect, respect de l'autre, qu'il soit élève ou collègue. L'école est un lieu d'étude mais aussi et surtout un lieu de vie où nous devons apprendre ensemble à vivre ensemble. Aujourd'hui, par ces activités d'ouverture, nous souhaitons que ces jeunes se mobilisent, s'engagent pour un monde plus juste, plus solidaire, plus équitable.

C'est notamment le sens à donner à l'Agenda 21, processus dans lequel le Collège est engagé depuis 4 ans et dont nous vous avons déjà fait écho à plusieurs reprises. Cette année, ce sera le tri sélectif des déchets qui sera mis à l'honneur.

Enfin, que penser de ce pacte d'excellence? N'est-ce pas là l'opportunité ultime de "sauver l'école" (John Rizzo)? La FWB est championne toutes catégories en échec et décrochage scolaire. Est-ce une fatalité? Je pense qu'on ne peut continuer à s'engager dans la pédagogie du renoncement mais qu'il faut en revenir à l'enseignement des fondamentaux. Aujourd'hui, les savoirs sont dilués; il n'y a plus d'acquisition systématique de bases solides et rigoureuses. C'est d'ailleurs selon moi une des raisons du décrochage scolaire, les élèves sont "perdus". Il importe d'en revenir à des savoirs fondamentaux, du drill en grammaire, en conjugaison, en orthographe, en opérations mathématiques .... Il convient de réadapter des attitudes fondamentales comme le fait d'oser donner du travail régulier aux élèves (devoirs, leçons, ...). Le politique a tenté de faire croire par le passé que l'on pouvait se passer de cela!!! Beaucoup d'indices montrent aujourd'hui l'inefficacité de notre modèle pédagogique.Comme vous le voyez, l'année scolaire qui vient sera pleine de défis. A nous, tous ensemble, de les relever pour le grand profit de nos élèves.

Bonne année scolaire !



EDITORIAL JANVIER 2017

Le pourquoi d'un "Pacte d'Excellence".

Les travaux pour un Pacte d'enseignement d'excellence évoluent.

Il est en effet impératif de faire évoluer l'école! Notre système scolaire rencontre de nombreux problèmes, particulièrement en termes d'efficacité et d'équité.

L'échec scolaire touche trop d'élèves. 20% des élèves en FWB ont déjà un an de retard en 6° primaire; 48% des jeunes à l'âge de 15 ans sont dans la même situation (en Flandre, ce taux est de 27% et dans les pays de l'OCDE, il est de 13%). La réduction du taux de redoublement est l'un des enjeux majeurs de ce Pacte d'excellence.

L'objectif est même ambitieux puiqu'il vise à réduire de 50% le redoublement d'ici 2030, tout en augmentant les résultats moyens des élèves dans les savoirs de base. Cela passera imanquablement par une révision de la formation initiale et continuée des professeurs, par le développement de l'innovation pédagogique et des pratiques collaboratives.

Un autre facteur expliquant le pacte est le taux de décrochage scolaire en FWB qui est l'un des plus importants des pays de l'Union Européenne. Il est de 13,1% en Wallonie, 15,6% à Bruxelles ... et 7,2% en Flandre! Il touche particulièrement l'enseignement technique et professionnel.

Ce Pacte est aussi motivé par le boom démographique. Il y aura 7% d'étudiants en plus en FWB dans les 10 ans. Il faudra par exemple créer 10.000 places à Bruxelles d'ici 2025. Il s'agit-là d'un défi politique majeur.

Un autre motif de repenser l'école est l'état pitoyable de certains bâtiments scolaires, victimes d'un sous-investissement chronique.

Il y a enfin, et ce n'est pas l'essentiel, les résultats dans les enquêtes internationales telles PISA, où la FWB est loin d'être en pôle position!

L'intérêt de la démarche aujourd'hui, c'est que tous les acteurs sont conscients de l'obligation d'un changement de cap. Ce Pacte a d'ailleurs été demandé aussi bien par les organisations syndicales, que les PO, les directions d'écoles et les parents. Chaque citoyen ne peut que vouloir une restructuration du système éducatif. Il faut cependant espérer que le politique acceptera, en couchant le Pacte dans des décrets, que celui-ci s'inscrive dans la durée et fasse l'objet d'une vision de l'école sur le long terme.

Cela permettra peut-être, je l'espère, de mettre fin à des années d'errance de la gestion scolaire.




EDITORIAL AVRIL 2017

Le Pacte d'Excellence : deux idées à pointer

Aujourd'hui, dans le concert des réactions au pacte d'excellence, on entend beaucoup de critiques, de réserves parfois fondées, mais souvent injustes.

Au risque de me répéter, ce pacte est une nécessité - et non une option - pour remédier à la situation catastrophique de l'enseignement en FWB. Echec scolaire, décrochage scolaire, pénurie d'enseignants ....

C’en est trop! Le pacte, dans l'esprit du tronc commun de 12 à 15 ans, insiste sur deux notions qui méritent d'être relevées et encouragées.

D'une part, l'importance à accorder à l'apprentissage de la langue française qui - dixit le pacte - "doit être travaillée de manière transversale dans tous les autres cours". L'apprentissage du français possède un statut différent et une dimension centrale. C'est aujourd'hui le premier pré-requis nécessaire pour réussir des études supérieures et/ou universitaires. Au Collège, cela fait plusieurs années que nous jouons la carte de "l'immersion en langue française" tellement nous sommes persuadés de son importance. Tous les enseignants contribuent au développement du français et pas seulement ceux qui ont la charge de ce cours. Il doit s'agir d'une culture d'école, comme nous tentons de le faire, où chaque professeur insistera sur les compétences disciplinaires écouter/lire (les consignes par exemple)/parler/écrire. Ce renforcement de l'apprentissage du français voulu par le législateur nous réjouit donc!

L'autre aspect du pacte qui mérite notre attention est la volonté d'apprécier, de pratiquer et d'approcher différentes expressions artistiques. Il importe, aujourd'hui plus que jamais, d'avoir conscience du patrimoine culturel local, national, européen. Il est essentiel de comprendre que la diversité culturelle et linguistique chez nous et ailleurs dans le monde est un moyen extraordinaire pour véhiculer cette ouverture et cette richesse. Je profite donc de cet édito pour remercier les nombreux professeurs engagés à Paris, en Italie, en Grèce, en classes vertes, au Burkina Faso, etc. Autant de moments de rencontres personnelles ... et culturelles!

C'est au sein du Collège, dans notre quotidien, que nous devons accentuer davantage encore cette dimension de l'expression artistique (merci aux professeurs qui ont organisé cette année le carême de la musique à la chapelle ... quelle magnifique initiative et quel succès auprès de nos élèves!). J'appelle de mes vœux ce genre d'expérience pour faire encore plus de notre école un lieu d'étude, un lieu de vie mais demain aussi un lieu de découverte artistique ...



EDITORIAL SEPTEMBRE 2017

L'a priori favorable

Enseigner n'est pas toujours chose facile !

Il en faut de l'énergie à une époque où la légitimité naturelle du professeur est sans cesse remise en question. Enseigner, aujourd'hui - comme hier d'ailleurs - c'est oser le "non" pour valoriser le "oui". En ce sens, ce métier requiert beaucoup de courage, de conviction et d'enthousiasme. On le répète souvent: il doit s'agir d'une véritable vocation !

Enseigner aujourd'hui, c'est accepter de changer de costume. Fini le costume du professeur conférencier, contrôleur, souverain dans sa classe. Aujourd'hui, il faut revêtir le costume d'entraîneur, de guide, de coach qui oeuvre au sein d'une équipe.

Je continue à défendre l'idée d'un enseignement exigeant et rigoureux mais aussi humain, compréhensif et bienveillant. Je le veux exigeant et rigoureux car il est de notre devoir d'instruire au mieux les jeunes qui nous sont confiés, de leur donner l'instruction la plus pointue et un enseignement qui prône le langage de l'effort, du dépassement, du travail. Je dénonce la pédagogie du renoncement qui répugne au drill, à la sytématisation, à l'intériorisation des connaissances.

Le philosophe Alain dit dans "Propos de l'éducation" que "l'enfant vous sera reconnaissant de l'avoir forcé et vous méprisera finalement de l'avoir flatté". Il s'agit ici d'une phrase à méditer qui concerne l'exigence constante que l'on doit avoir envers un élève et ce, dans tout ce qu'il entreprend.

Dans le même temps, je défends fermement l'idée d'un enseignement humain et bienveillant. L'élève a droit à l'erreur (comme nous d'ailleurs!), à notre compréhension, à notre écoute. Il faut parfois lui donner du temps, et donc prendre le temps. Il faut lui faire confiance. Il est en effet du devoir de l'enseignant, de l'éducateur, de prendre le temps d'accompagner, de guider, d'encourager le jeune, surtout s'il est en difficulté. Il est important de lui faire confiance quant à sa capacité de découvrir, de comprendre, d'apprendre et finalement de progresser.

Il nous faut refuser le jugement immédiat, péremptoire, il nous faut sortir des préjugés souvent stériles. Le regard que l'on peut porter sur l'un ou l'autre élève plus fragile, plus faible est fondamentalement important et peut parfois être lourd de conséquence. En effet, si l'élève sent qu'on ne lui fait pas confiance, qu'on ne croit pas en ses possibilités, qu'on l'a peut-être jugé rapidement, il ne pourra progresser. C'est tout le sens de l'a priori favorable qui est le thème de l'année pour les Collèges jésuites.

Je crois vraiment que l'on est tous devenus ce que nous sommes parce que nous avons croisé des parents, des amis, des professeurs (très souvent!!) qui nous ont fait confiance, qui nous ont marqués, qui nous ont touchés!

Je concluerai en disant à chacun, parents, élèves et professeurs, une excellente année scolaire !



EDITORIAL OCTOBRE 2017

Pour vivre demain à 10 milliards, repensons notre éducation.

Aujourd’hui, l’enfant fait la famille alors que jadis la famille faisait des enfants.

En venant combler notre désir de parent, l’enfant a changé de statut et dans certaines situations il est devenu notre maître : on ne peut rien lui refuser à tel point qu’il faut parfois « oser le non » (Jean-Michel Longneaux, conférence AP 30.05.2017).

Dans le même temps, le libéralisme marchand a permis et encouragé la société de consommation ; on peut avoir tout, tout de suite et sans efforts. Nous vivons dans une sorte de frénésie consumériste où la pulsion est la matrice des actes.

La rencontre entre un phénomène démographique et l’émergence du caprice à combler immédiatement ébranle notre système scolaire.

Nous sommes en effet de plus en plus confrontés à des élèves non pas plus violents ou agressifs qu’auparavant mais à des élèves qui ne tiennent pas en place. Philippe Meyrieu, pédagogue français, prétend que la capacité d’attention de l’élève aujourd’hui est divisée par 4 par rapport à il y a 30 ans.

C’est la raison pour laquelle l’enseignant doit sans cesse répéter, faire preuve d’une extraordinaire imagination pour espérer captiver les attentions des uns, remettre au travail les autres, rappeler inlassablement les consignes tout en faisant preuve de bienveillance et d’exigence.

Chacun conviendra que ce n’est pas simple et que cela explique, du moins en partie, la pénurie d’enseignants et le triste constat que leur carrière ne figure pas dans le top 20 des professions les plus attractives en Belgique.

Comment dès lors repenser notre éducation à une époque où l’individualisme social triomphe ? Comment dès lors former ces jeunes à envisager une planète plus solidaire, plus juste, plus équitable où le « nous » l’emporte sur le « je » ? Comment retrouver le sens de l’intérêt collectif et le sens du bien commun ?

D’une part, il y a l’apprentissage du sursis. Apprendre à l’élève à prendre son temps, à discerner, à l’aider à ce que une frustration (échec, sanction,…) ne soit pas vécue comme une agression. Le sursis à la pulsion, ce peut être aussi la promesse que quelque chose à l’horizon donnera plus de satisfaction que l’immédiat. Tout apprentissage demande un long investissement dans le temps. Ne faut-il pas une vie pour construire un homme ? Dans le monde de l’immédiateté qu’est le nôtre, cet apprentissage du sursis et du rapport au temps me semble fondamental.

Aux professeurs de donner du temps aux élèves, à ceux-ci de prendre le temps de la réflexion. A force de courir après le temps, la pensée ne se développe plus … et sans pensée, il n’y a plus d’esprit critique !

D’autre part, il est important de former à l’altérité. C’est devenu incontournable dans un monde où le repli sur soi est devenu un culte, une culture dans un monde individualiste. Il importe de faire comprendre à l’élève que l’autre peut ne pas lui ressembler, qu’il peut rencontrer chez lui de la résistance. Or, les jeunes aujourd’hui sont de moins en moins en contact avec le réel, avec la nature, avec les objets et de plus en plus avec le virtuel qui n’offre aucune résistance. Le jeune doit donc être confronté à l’altérité du collectif, là où il y a des règles pas forcément en conformité avec le désir individuel du moment. La vraie vie, ce n’est pas Harry Potter ou les anges de la téléréalité !

Enfin, la solidarité est à promouvoir sans cesse. Ce n’est pas une valeur, c’est un fait de société. Nous sommes tous solidaires d’une manière ou d’une autre. Tout ce que nous faisons a immanquablement un impact. On peut s’en moquer ou en tirer profit pour plus de bien-être partagé. Tout agit sur tout. En terme de solidarité, chacun doit faire sa part, ce n’est pas rien, et c’est souvent contagieux. Je pense par exemple à l’Eco Team du Collège ou au parrainage des élèves de 1ère par leurs aînés de rhéto.

En conclusion, l’enjeu majeur est double. C’est d’abord celui du discernement et du plaisir. Est-ce que l’on va trouver du plaisir dans la consommation compulsive de biens épuisables (matières énergétiques) ou dans le partage généreux de biens inépuisables comme la culture, l’art, … ? L’autre enjeu est de se soucier du type d’enfants que nous laisserons demain à la planète.



EDITORIAL JUIN 2018

Proclamation 6ème année.

Bonsoir à tous, et plus particulièrement à vous, chers rhétoriciens.

C’est avec beaucoup de bonheur et de plaisir que je vous retrouve ce soir dans notre école…dans votre école.

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de deux choses.

D’une part, de la confiance que nous devons avoir, que vous devez avoir en l’avenir.

Devant l’ampleur des problématiques auxquelles notre société doit faire face, le « à quoi bon » guette et mine parfois l’engagement personnel. On entend aussi souvent « le jour où les autres s’y mettront, je me dirai que cela vaut peut-être la peine… ».

Or, comme dit le chanteur Stéphan Eicher « les nouvelles ne sont pas mauvaises d’où qu’elles viennent ».

Par exemple, la solidarité et la générosité de nombreux citoyens à l’égard des réfugiés est impressionnante et efficace. Au Collège, les projets de solidarité ont encore fleuri cette année… et on n’en parle pas assez.

L’engagement déterminé d’une multitude de personnes à l’image d’Alice Rase au tournoi d’éloquence lançant cet appel « osez, osez…. » une société avec plus de paix, de justice, avec un réel intérêt pour l’environnement et le bien commun . Toutes ces initiatives ou ces prises de position forcent l’admiration et donne de l’espoir.

Le succès du film « demain » , l’enthousiasme qu’il a suscité et les multiples initiatives citoyennes qu’il a inspirées nous prouvent combien la spirale positive est puissante à l’image de ces villes en transition qui fleurissent un peu partout . . C’est comme l’écoteam du Collège qui a démarré il y a quelques années avec quelques rares bonnes volontés, c’est aujourd’hui une équipe de professeurs et plus de 60 élèves qui se sont engagés cette année dans ce projet .

Les raisons d’être confiants sont donc nombreuses .

Je pense qu’on peut changer le monde, vous pouvez changer le monde. Nos rêves d’un monde meilleur sont des utopies réalistes .

D’autre part, je souhaite vous parler aussi d’exigence à vous qui êtes à un carrefour important de votre vie .

Qui n’a pas encore en tête la fin de ses Humanités ? On pense alors que le monde nous appartient et qu’il nous faudra SIMPLEMENT nous pencher pour recueillir les fruits de notre travail .

Or, quand les Anciens reviennent, vers le mois de mai, chercher leur diplôme ( aujourd’hui formule provisoire ! ) , ils reviennent souvent désabusés, déçus…. Car la réalité n’est pas aussi simple qu’ils ne l’avaient imaginée .

Opérer des choix ambitieux est une excellente chose et je vous y encourage vivement . Cependant, une fois le choix effectué, les choses sérieuses commencent.

Les maîtres mots sont alors travail, abnégation et EXIGENCE .

C’est déjà cette culture que nous avons tenté de vous inculquer ….non sans quelques fausses notes parfois .

Toujours, nous avons tenté de vous pousser à vous dépasser, ce qui ne pouvait se faire sans votre bonne volonté et sans la collaboration précieuse de vos parents . Nous vous avons proposé de très nombreuses expériences… culturelles, pédagogiques, philanthropiques, spirituelles, sportives… avec un réel objectif d’ouverture mais aussi de dépassement pour vous préparer au mieux à une vie autonome et active . Nous pensons que ces expériences constituent autant de connaissances .

Ce dépassement n’est pas toujours simple à une époque où le baxter médiatique distille au quotidien, dans la presse, les médias, la tv, ….. la mentalité du « Tout, tout de suite, pour rien, sans effort, comme les autres et surtout sans contraintes … ».

Cette culture-là a tendance à faire de l’exigence une valeur dépassée.

Or, qu’on ne s’y trompe pas, et vos parents le savent, cette exigence est l’antidote de l’ennui et de la superficialité qui génère abandons et échecs . C’est avec beaucoup de fierté et de satisfaction que j’ ai observé la générosité de votre engagement dans le tournoi d’éloquence, le rhéto trophy, la pièce des rhétos , les retraites sociales, le parrainage des 1ère, le rhétobook, l’écoteam , le conseil de participation, ….. sans compter les 100 jours, la St . Nicolas, …. Car l’école est un lieu d’étude… mais c’est aussi un lieu de vie .

Je vous exhorte à oser le non comme une exigence intérieure qui ne veut pas courir avec ce siècle à la poursuite du moindre effort et de la facilité comme vous l’avez démontré dans les engagements dont je viens de parler .

Cette exigence que je vous souhaite peut même devenir un art de vivre où on se donne les moyens de ses ambitions pour éviter de sombrer dans le culte des valeurs anesthésiantes comme la facilité, le plaisir immédiat ou encore le refus de la moindre contrainte .

Dès l’an prochain, à vous de jouer, à vous de choisir l’exigence ou les valeurs anesthésiantes … et les tentations seront nombreuses ….

De ce choix dépendra votre réussite ou votre échec .

A vous tous, quel que soit votre choix, je souhaite bonne chance.

Je souhaite aussi que nous ayons une pensée amicale et encourageante pour les rhétoriciens ajournés et qui doivent représenter un ou plusieurs examens en septembre .

Je me fais maintenant le porte parole de tout le corps enseignant du Collège pour dire, à chacun d’entre vous , que nos vœux les plus chers vous accompagnent , et que désormais, vous qui êtes plein de confiance, vous qui avez des rêves plein les yeux et plein la tête , l’avenir vous appartient.



EDITORIAL NOVEMBRE 2018

Ouvrons les portes du collège.

Le mode de fonctionnement des écoles rend parfois notre travail d'enseignant inadéquat aux besoins des élèves d'aujourd'hui.

Il nous faut moderniser nos méthodes d'enseignement qui manquent parfois d'audace, de créativité et de dynamisme. Osons-nous assez sortir des sentiers battus? Les diktats de certains spécialistes en éducation me plongent parfois dans une profonde perplexité. Ainsi en va-t'il de la perspective du futur tronc commun jusqu'à l'âge de 15 ans.

Qu'à cela ne tienne, nous devons sans cesse exploiter l'autonomie qui est la nôtre en (re)pensant notre métier en fonction des besoins actuels des jeunes et de notre société. Ouvrons les yeux, le monde change, les jeunes changent et il serait suicidaire de ne pas vouloir changer à notre tour.

Au Collège, de nombreux acteurs ont déjà effectué cette prise de conscience et ont modifié ou modifient leur vision du métier ainsi, que leurs pratiques.

A l'heure où j'écris ces quelques lignes, deux professeurs néerlandophones du Sint-Franciscuscollege de Heusden (Limbourg) rencontrent, dans le cadre de leur cours, nos élèves de 6° et quelques classes de 5°. Ils abordent, en français et en néerlandais, le thème des différences culturelles entre flamands et wallons. En parallèle, deux professeurs de langues du Collège (Mme Ancia et M. Watelet) font le même exercice du côté flamand.

Des bénévoles du collectif citoyen namurois ont aussi rencontré des professeurs volontaires pour leur expliquer via un album illustré, la vie des migrants arrivés à Namur. Cet outil pourra ensuite être exploité transversalement en religion, en histoire, en EDM, en géographie, ...

Une école ne peut être déconnectée de la réalité, elle doit permettre aux jeunes de vivre des expériences qui seront source d'autant de connaissances ou d'une sensibilité aiguisée. Le vendredi 30 novembre sera par exemple l'occasion pour l'EcoTeam du Collège de mobiliser tous les élèves sur le forum durant la récréation du matin pour faire sonner via GSM, le réveil climatique. Cette action s'inscrit dans le cadre de la manifestation qui se tiendra à Bruxelles le 2 décembre ("J'peux pas j'ai climat") et qui exigera des mesures ambitieuses et rapides pour limiter les réchauffememnt climatique (cf. infra).

On ne le dira jamais assez, l'école est un lieu d'étude qui doit demeurer exigeant, quitte à ramer à contre-courant d'une société qui cultive le "tout, tout de suite, immédiatement, sans efforts et surtout sans contraintes collectives". L'école doit aussi être un lieu d'épanouissement culturel, de rencontres humaines, de prise de conscience politique, d'engagements individuels.

C'est à ce prix là que nos jeunes conserveront le plaisir de venir se former, entourés d'autres jeunes qui partagent les mêmes valeurs éducatives et les mêmes exigences de formation pédagogique.