Edito du directeur

2019 - 2021

Stephan de Brabant, Directeur

EDITORIAL JANVIER 2020

Je suis frappé du nombre de jeunes qui n'ont aucun projet. On sent ceux-ci emplis de peurs, de craintes quant à l'avenir. Leur question est fondamentale et même essentielle car elle consiste à s'interroger sur ce que sera demain.

La société, les parents, le politique, attendent énormément de l'Ecole. Il y a comme une attente névrotique vis-à-vis de l'institution scolaire qui devrait répondre à tout, qui devrait être l'antidote à l'anxiété collective. Or, aujourd'hui, la société est sans doute plus complexe car il n'y a plus comme hier, des évidences éducatives. La tentation est forte de tomber dans une facilité de pensée qui consiste en une critique systématique et constante du contexte global et du métier d'enseignant plus particulièrement.

Une série de bouleversements anthropologiques touchent l'école de plein fouet.

D'abord le rapport au temps. Enfermé constamment dans le moment présent, l'élève veut tout, tout de suite, pour rien .... comme les autres .... et il perd vite patience. Or notre métier requiert du temps et de la patience! Ne dit-on pas qu'il faut une vie pour éduquer un homme?

La construction de l'identité pose aussi question. Jusqu'il y a peu, notre identité nous la recevions de notre famille, notre village, notre quartier, notre religion, notre patrie ... nos anciens. Aujourd'hui, on dit au jeune "construis ton identité". Mais il est difficile de se construire quand il n'y a aucun repère, aucune racine.

La crise du lien social est, elle aussi, interpellante. Discutant avec un groupe de professeurs, j'expliquais combien, selon moi, la disparition du "nous" au profit du "je" était lourde de conséquences. Nous devons apprendre aux jeunes à vivre ensemble, à se montrer solidaires, à vivre l'école comme un lieu de vie collective.

L'activité "travail" perd de son importance. Elle devient activité secondaire après les loisirs, les activités personnelles. Il est fondamental de rappeler que l'école est un lieu de vie ... mais aussi un lieu d'étude, ce que certains semblent parfois oublier.

Enfin la crise de l'autorité touche aussi l'école. Nous vivons dans l'ère du soupçon par rapport à celui qui a l'autorité. Le professeur, devant ses élèves, est souvent dans cette situation. C'est là d'ailleurs qu'il a besoin, d'une part, du soutien de l'Institution scolaire et d'autre part, de la bienveillance des parents qui partagent les mêmes valeurs éducatives que lui.

Les problèmes sont donc nombreux et nous avons un devoir de lucidité par rapport à tout cela si nous voulons nous maintenir avec enthousiasme et conviction dans une fonction de pédagogue et d'éducateur.


EDITORIAL DECEMBRE 2019

Enseignant, métier impossible ?

Le rôle de l'enseignant aujourd'hui est complexe et diversifié. Sans doute est-ce une raison qui explique la pénurie actuelle dans ce secteur pourtant fondamental pour notre société. Rôle diversifié car, en fait, l'enseignant doit exercer 3 métiers relevant de l'impossible ! Gouverner, soigner et éduquer.

Pourquoi relève-t-il de l'impossible ? D'une part, nous exerçons un métier sans réel résultat concret, la tâche n'est jamais terminée. Peu importe la gouvernance, on ne parvient jamais à une démocratie parfaite, on ne finit jamais non plus l'éducation d'un être humain. D'autre part, métier impossible car cette profession n'est plus valorisée dans notre société actuelle qui exige production concrète, performance immédiate et où les maîtres mots sont rentabilité et efficacité. Oserais-je dire que ce qui manque à cette profession, c'est qu'elle ne relève plus du bien commun ?

Dans sa classe, le professeur doit d'abord gouverner, diriger sa classe, être le "berger" de celle-ci, le coach, mais il est confronté à tellement d'obstacles (éducatif, administratif, pédagogique, relationnel, logistique, juridique, etc.) que le découragement le guette. Il n'est en tout cas plus reconnu comme étant systématiquement le maître de sa classe. Gouverner aujourd'hui - les politiciens ne me démentiraient pas - est devenu un acte compliqué et courageux !

Le professeur doit ensuite soigner. Soigner les âmes de ces jeunes vivant parfois de terribles situations personnelles ou familiales, et tentés alors par un certain "nihilisme". Ils n'ont en effet parfois plus envie de rien, ne s'intéressent à rien, n'ont aucun projet. C'est l'adolescent sans désir (la dernière analyse de l'UFAPEC - représentant les parents de l'enseignement catholique - montre que 45% des élèves s'ennuient à l'école). Le professeur doit soigner ce "dévivre" individuel et collectif qui empêche l'élève de croire en lui et en son avenir. C'est pour de nombreux enseignants un défi quotidien que de donner du sens ... avant tout apprentissage!

Le professeur doit enfin éduquer (ex-ducere = conduire hors de, faire grandir). Pour cela il faut combattre le découragement qui habite certains élèves. C'est là que l'éducateur, l'enseignant doit pouvoir continuer à trouver les ressources pour que son métier reste passionnant et à trouver la bonne parole, celle qui est positive, qui construit, qui est confiante, qui se veut bienveillante et qui redonne la joie d'exister. N'est-ce pas cela le sens de l'Evangile? N'est-ce pas communiquer la joie d'exister ?

A la veille de cette fête de Noël, mon voeux le plus cher est que chaque membre de la communauté éducative du Collège incarne ce souci permanent d'offrir, à travers des paroles et des actes, la joie d'exister et d'oser grandir pour chacun de nos élèves.

Bonnes fêtes de Noël !


EDITORIAL AVRIL 2019

Indignez-vous, disait Stephan Hessel !

Pourtant, à écouter le locataire de la maison blanche qui continue à être baigné de certitudes définitives et … à nier le réchauffement climatique ainsi que l’influence de la pollution humaine… sur son emballement affolant … et évident.

Pourtant, à écouter Bart De Wever tout imprégné d’un discours politicien où la seule victoire électorale semble être l’unique objectif à poursuivre le 26 mai prochain.

Pourtant, ces routes, près de chez nous, trop souvent jonchées de détritus divers que des individus sans scrupules et sans éducation n’hésitent pas à laisser derrière eux … comme autant de preuve de leur bêtise et de leur « courtermisme » alors que la prise de conscience de notre mauvais mode de consommation devrait toucher tout le monde.

Il est dès lors difficile de demeurer optimiste et il est vrai que mon propos peut paraître austère et pessimiste !

N’est-ce pas un signe du temps quand on lit avec un dégoût difficilement masqué les critiques stériles et parfois agressives sur les réseaux sociaux concernant la mobilisation de notre jeunesse ?

On pourrait en effet être un moment habité par le doute ou le découragement car on a l’impression que tout s’emballe dans le mauvais sens et que le royaume de l’absurde s’installe. Notre monde devient-il fou ?

Alors que le confort et la sécurité sont de mises dans notre société et bien souvent plus qu’ailleurs, même si l’écart entre nantis et les autres ne cesse de se creuser, le sentiment général de mal-vivre et de mal-être n’a jamais été aussi présent. Le burnout, la dépression… et le doute sont les grands maux de notre époque parce que la pression sur chacun d’entre nous est énorme et omniprésente. N’assistons-nous pas, en direct, au-delà du stress sur les enjeux climatiques, au recul de la démocratie quand on voit comment sont traités les journalistes, les représentants de la justice, de l’éducation ou les personnes seulement … différentes ?

Cependant, il nous faut garder confiance dans les jeunes en général. En effet, ils sont bien au-delà de nos mesquineries entre la gauche et la droite, entre le nord et le sud du pays. Nos traditionnels clivages ne les intéressent pas. Ils veulent se mobiliser pour une cause qu’ils jugent plus noble et qui devrait transcender tout le reste. Il faut être aveugle… ou lâche pour ne pas s’en rendre compte.

Peut-être que cette jeunesse par son enthousiasme, son volontarisme, sa lucidité contaminera l’ensemble de notre société afin que celle-ci fasse les bons choix d’un avenir durable dans le respect inconditionnel des valeurs démocratiques.

Il importe que celles-ci soient sans cesse rappelées et explicitées dans nos écoles. C’est là en effet que se jouent les enjeux de demain.

Dans un précédent édito, je posais la question de la responsabilité du chef d’établissement scolaire qui n’inscrirait pas l’éducation au développement durable dans son plan de pilotage. Aujourd’hui, fort de cette même certitude, je crois fermement qu’il faut y ajouter aussi l’éducation à la citoyenneté et aux medias.

Développer l’engagement de nos jeunes pour une société durable est un enjeu fondamental. Certains au Collège (professeurs et élèves) s’y emploient largement. Je les en remercie et les encourage.

Il faut aussi impérativement s’employer à amener nos jeunes à comprendre les structures politiques de l’Etat dans lequel ils vivent. Il importe de les amener à développer leur sens critique … et à s’indigner s’ils en discernent le besoin.

Notre responsabilité d’adulte, de parent, d’éducateur est énorme. Aujourd’hui, j’espère vraiment que nos jeunes conserveront leur faculté d’indignation et de réaction pour nous sortir de la torpeur qui est la nôtre.


EDITORIAL JANVIER 2019

Youth for Climate

Ce 24 janvier 2019, jour de la grande marche « Youth for Climate » à Bruxelles (acte 3), dix écoles avec des équipes de professeurs et d’élèves, ont été accueillies au Collège pour couronner les engagements de ces institutions scolaires dans le développement durable …. et finalement l’avenir de la planète. Ce forum pour la labellisation des écoles dans le cadre de l’agenda 21 montre que des écoles – dont la nôtre - sont déjà en marche depuis un certain temps !

Vaclav Havel, ancien Président de la République tchèque et slovaque, grand homme d’état, humaniste et essayiste écrivait ceci : « La sauvegarde humaine n'est nulle part ailleurs que dans le cœur humain, la pensée humaine, l’humilité humaine, la responsabilité humaine ». Décédé en 2011, il prônait déjà une révolution de la conscience humaine.

Il est bien clair que prendre soin de notre planète est une responsabilité collective et urgente. L’alerte des scientifiques remonte maintenant à de longues années … La démission de Nicolas Hulot du gouvernement français a résonné en moi comme un coup de massue : « J’arrête, tellement je me sens seul, alors que cette mobilisation pour prendre soin de notre environnement devrait être la préoccupation de tous ! ».

Il importe de quitter notre individualisme suicidaire et de s’engager résolument dans la voie de la solidarité, du courage politique et de la simplicité volontaire collective.

Aujourd’hui, notre société est ébranlée par de nombreux questionnements. Les gilets jaunes demandent légitimement plus de justice sociale, la jeunesse se lève pour le climat et quelque chose me dit que ce mouvement va prendre de plus en plus d’ampleur. Nous sommes à un carrefour ! Nous devons prendre nos responsabilités … et peut-être y a-t-il des opportunités à saisir ?

Opportunité pour nos élèves qui prennent de plus en plus conscience de l’urgence de la situation, des enjeux climatiques, environnementaux, mais aussi migratoires et démographiques. En descendant dans la rue, ils passent de la théorie démocratique à la pratique démocratique … et je suis fier d’eux ! La culture écologique devrait être un programme éducatif, un style de vie qui devrait se refléter dans toutes les écoles où l’on apprend aux jeunes à consommer autrement et où nous devons les aider à retrouver du sens dans le cadre des cours traitant - ou non d’ailleurs – de cette problématique. J’observe qu’aujourd’hui, au Collège, l’art du débat est revitalisé !

Opportunité aussi pour l’école (et les enseignants) de réfléchir à ses propres finalités. Ce sera en tout cas l’occasion d’inscrire la réflexion des enjeux environnementaux dans les futurs plans de pilotage de nos écoles. Qui oserait aujourd’hui ne pas en faire une priorité dans l’éducation et la formation des jeunes ?

Opportunité aussi pour la société de refaire un contrat social qui est remis en question, tant les repères classiques explosent dans notre société marquée d’une part par un pluralisme culturel que ne régule plus la pression sociale ou la religion et d’autre part par un individualisme exacerbé où la devise pour beaucoup est : « Ma vérité est la vérité ou encore moi d’abord, tout de suite, … ». Il est urgent, selon moi, de reconstruire ce contrat social qui part actuellement en lambeaux et où l’enjeu environnemental pourrait mettre tout le monde d’accord.

Opportunité pour le monde politique. Est-il normal que l’environnement relève des régions et l’enseignement de la FW-B ? Est-il normal d’avoir 4 ministres climatiques ? Ne faut-il pas investir rapidement et de manière plus déterminée dans les transports publics verts, la mobilité douce, l’énergie renouvelable ?Les jeunes dans la rue aujourd’hui, nos élèves, attendent des réponses politiques fermes et déterminées et comme le dit la jeune Greta Thunberg, collégienne suédoise de 15 ans et à l’origine du mouvement : « Ce changement arrivera, que vous le vouliez ou non » !